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Le Journal lundi 23 février 2026

La Canne à Sucre sur la Costa Tropical : Une Épopée de Mille Ans

Alejandro

Alejandro Ortega

Chroniqueur Officiel du Club

La Costa Tropical, 80+ communes, 3 provinces, a vu la canne à sucre dominer 8000 marjales au XVIe siècle. Elle attire touristes, résidents, investisseurs et retraités.

Introduction

Au cœur de la Costa Tropical, nichée entre les flots méditerranéens et les contreforts des montagnes de la Sierra Nevada, se déroule un récit historique profondément humain, celui de la canne à sucre. Cette plante, introduite sur ces terres fertiles au Xe siècle, durant l'époque d'Al-Ándalus, a façonné l'identité économique et sociale de la région pendant des siècles. Les écrits du géographe cordouan al-Razi témoignent de l'importance de cette culture, qui, au-delà de son aspect agricole, a modelé les paysages, les modes de vie et les structures sociales de la région.

Au XVIe siècle, Motril, une cité portuaire stratégique, connut un véritable apogée sucrier. Les ingenios, ces moulins à sucre, se multiplièrent, atteignant jusqu'à quatorze au début du siècle, avant de se stabiliser à huit à la mi-siècle. La canne à sucre, variété caña de la tierra, couvrait plus de 8 000 marjales (unités de surface) dans les années 1580. L'industrie sucrière structurait la société, créant une hiérarchie où les aviadores, fermiers des usines, et les propriétaires d'ingenios, souvent des marchands génois ou des nobles, contrôlaient une main-d'œuvre massive. Un ingenio pouvait employer jusqu'à 1 000 personnes lors de la zafra, la période de récolte qui débutait au printemps afin d'éviter les gelées hivernales et de garantir une concentration maximale de sucre dans la plante. C'était un monde de contrastes, où la richesse et le pouvoir se mêlaient à la sueur et à la fatigue des ouvriers.


Pourtant, ce monde d'opulence et de travail australe ne fut pas éternel. Au XVIIIe siècle, la crise s'abattit sur la région. La concurrence du sucre colonial américain, les gelées récurrentes qui détruisaient les récoltes, et le manque d'innovation technique plongèrent Motril dans une profonde dépression. En 1801, le gouverneur de la ville décrivait Motril en ruine, préconisant le remplacement de la canne à sucre par le coton. Malgré cette période sombre, la résilience de la Costa Tropical allait se manifester une nouvelle fois au XIXe siècle. L'introduction d'une variété américaine de canne à sucre et l'industrialisation permirent un renouveau. En 1862, la société Martin Larios e Hijos construisit l'usine Nuestra Señora de la Cabeza, surnommée La Alcoholera, à Motril, marquant ainsi un tournant dans l'histoire industrielle de la région.

I. L'Or Vert d'Al-Andalus : Les Origines Médiévales

Au Xe siècle, alors que le royaume d'Al-Ándalus connaissait son âge d'or, la Costa Tropical, berceau de la canne à sucre en Espagne, commençait à prendre forme. Les chroniques de l'époque, notamment celles du géographe cordouan al-Razi, témoignent de l'arrivée de cette précieuse plante sur ces rivages méditerranéens. La canne à sucre, appelée alors qasab as-sukkar en arabe, fut introduite par les Arabes, apportant avec elle un savoir-faire agricole et industriel qui allait transformer durablement cette région.

La variété initiale, la caña de la tierra, était une canne robuste et adaptée aux conditions climatiques de la Costa Tropical. Ces tiges vigoureuses au jus sucré se cultivaient sur les vastes marjales, des terres irriguées par les eaux des rivières Torrecuevas et Guadalfeo. Ces plaines fertiles, baignées par le soleil et arrosées par des systèmes d'irrigation sophistiqués hérités des Romains et perfectionnés par les Maures, offraient un terrain idéal pour cette culture.

Les premiers ingenios, ou moulins à sucre, furent construits dès le Xe siècle par les populations musulmanes d'Al-Andalus, bien avant la Reconquista. Ces moulins, véritables centres de production, témoignaient de l'ingéniosité technique de leurs concepteurs. Les ingenios étaient équipés de roues hydrauliques actionnées par les eaux des rivières, qui entraînaient des rouleaux de broyage pour extraire le jus de la canne. Ce jus, une fois recueilli, était ensuite cuit et raffiné pour produire le précieux sucre.

La Costa Tropical, en particulier la ville de Motril, devint rapidement un hub économique majeur sous le royaume de Grenade. La stratégie de cette région résidait non seulement dans sa fertilité agricole mais aussi dans sa position géographique avantageuse. Les ports de Motril et de Salobreña, avec leurs infrastructures maritimes bien développées, facilitaient le commerce maritime, permettant aux producteurs de sucre de commercialiser leurs récoltes bien au-delà des frontières de la péninsule ibérique. Les routes commerciales maritimes reliant la Costa Tropical aux grandes cités méditerranéennes, telles que Gênes et Venise, contribuèrent à la diffusion du sucre in Europe, transformant ainsi les économies locales en acteurs majeurs du commerce international.

L'importance stratégique de la Costa Tropical ne se limitait pas à son potentiel agricole. Cette région était également un carrefour culturel et intellectuel, où les savoirs orientaux et occidentaux se rencontraient et s'échangeaient. Les érudits arabes, tels que al-Razi, documentaient avec minutie les techniques de culture et de transformation de la canne à sucre, transmettant ainsi un patrimoine scientifique et technique qui allait influencer durablement l'Europe. Les méthodes de culture, les techniques d'irrigation et les processus de raffinage du sucre, tous hérités des savoir-faire orientaux, furent adoptés et perfectionnés par les agriculteurs morisques, avant d'être diffusés à travers l'Europe.

La présence de ces ingenios structurait également la société locale. Les propriétaires d'ingenios, souvent des marchands génois ou des nobles locaux, formaient une élite économique puissante. Ces figures influentes contrôlaient non seulement la production de sucre mais aussi une main-d'œuvre importante, composée de fermiers, d'ouvriers et de travailleurs saisonniers. La zafra, ou récolte de la canne à sucre, dictait le rythme de vie de la population. Cette période intense de travail, qui débutait généralement au printemps afin d'éviter les gelées hivernales et de garantir une concentration maximale de sucre dans la plante, mobilisait des centaines de personnes, créant ainsi un tissu social et économique dense et interdépendant.

Ainsi, l'arrivée de la canne à sucre au Xe siècle sur la Costa Tropical a marqué le début d'une ère de prospérité et de transformation pour cette région. Le transfert de savoir-faire oriental vers l'Europe a non seulement enrichi la culture agricole locale mais a également contribué à l'émergence d'une économie locale puissante, structurée autour de l'industrie sucrière. Ce patrimoine, à la fois agricole, industriel et culturel, a laissé une empreinte indélébile sur la Costa Tropical, dont les traces sont encore visibles aujourd'hui dans les paysages, les bâtiments et les traditions de cette terre d'exception.


II. L'Apogée Sucrière : Motril au Siècle d'Or (XVIe–XVIIe)

Au XVIe siècle, Motril, berceau de l'industrie sucrière sur la Costa Tropical, connut une période d'expansion économique sans égale, la transformant en une cité prospère et influente. Cette époque d'or, marquée par la production intensive de canne à sucre, façonna profondément la structure sociale, économique et urbaine de la région, laissant une empreinte indélébile dans l'histoire de l'Andalousie.

L'essor économique et la structuration sociale

La canne à sucre, introduite sur la Costa Tropical dès le Xe siècle durant l'époque d'Al-Ándalus, connut son apogée au XVIe siècle. Les écrits du géographe cordouan al-Razi témoignent de la présence précoce de cette culture, qui allait bientôt de venir un pilier de l'économie locale. À la fin du XVIe siècle, la variété caña de la tierra couvrait plus de 8 000 marjales de terres cultivables, principalement dans la plaine fertile de Motril. Cette expansion spectaculaire de la culture sucrière transforma radicalement le paysage, où champs verdoyants et rivières serpentant à travers la vallée dessinaient un tableau bucolique.

L'industrie sucrière structurait la société de Motril, créant une hiérarchie sociale complexe et articulée. Au sommet se trouvaient les propriétaires des ingenios, des moulins à sucre et des raffineries, souvent des marchands génois et des nobles locaux. Ces figures de proue, véritables maîtres de la ville, contrôlaient non seulement les moyens de production mais aussi les réseaux commerciaux et politiques. Leurs demeures luxueuses témoignaient de leur opulence. Leur influence se propageait bien au-delà des murs de leurs résidences, s'étendant à l'ensemble de la vie économique et sociale de Motril.

Juste en dessous se trouvaient les aviadores, les fermiers responsables de la gestion des usines. Ces intermédiaires jouissaient d'une certaine autonomie et de statuts privilégiés, bien que loin de l'aisance des propriétaires d'ingenios. Ils étaient les rouages essentiels du système, coordonnant les travaux des ouvriers et veillant à la bonne marche des opérations. Leur rôle de pont entre les classes supérieures et la main-d'œuvre était crucial.

La base de la pyramide sociale était constituée par la masse des journaliers, les travailleurs migrants et saisonniers qui affluaient chaque année pour la zafra, la récolte de la canne à sucre. Ce moment crucial de l'année, qui débutait au printemps, était rythmé par un ballet de machettes et de sueur. Les champs, préalablement brûlés pour faciliter la coupe, se couvraient de cendres. Les ouvriers, payés à la tonne de canne coupée, travaillaient dans des conditions extrêmement dures.

Le titre de 'Ciudad' et le rayonnement de Motril

La prospérité de Motril, nourrie par la richesse sucrière, ne passa pas inaperçue. La ville, autrefois un simple port de pêche, devint rapidement un centre économique majeur, attirant marchands, financiers et artisans. La construction d'infrastructures, comme le port et les routes, témoignait de l'ambition des autorités locales et de l'importance croissante de la cité. Les échanges commerciaux s'intensifièrent, reliant Motril aux grandes places marchandes de la Méditerranée et de l'Europe.

Correction historique : Motril obtint officiellement le titre de Ciudad en 1657, lorsque Philippe IV lui concéda ce privilège, séparant sa juridiction de celle de Grenade et l'autorisant à arborer le dais aux armes royales. Cette distinction marquait son essor au sein de la Couronne de Castille — et non de la Couronne d'Aragon, comme cela peut être parfois incorrectement mentionné. Motril avait en effet été conquise par les Rois Catholiques en 1489 et relevait dès lors des institutions castillanes.

L'attribution du titre fut l'occasion de démontrer la puissance et l'influence de Motril, consacrant une réalité économique et démographique déjà bien établie au fil du XVIIe siècle.

L'empreinte architecturale et culturelle

La prospérité de Motril se reflétait également dans son patrimoine architectural. Les ingenios, véritables usines à ciel ouvert, se dressaient fièrement au bord des champs de canne, leurs murs de pierre et leurs cheminées fumantes symbolisant la puissance industrielle de la ville. Parmi les plus notables, on comptait l'ingenio de La Palma, dont les vestiges accueillent aujourd'hui le Musée Préindustriel de la Canne à Sucre.

L'essor économique de Motril n'alla pas sans une floraison culturelle. Les revenus issus de la canne à sucre permirent le développement d'institutions culturelles, telles que des écoles, des bibliothèques et des églises. Les artistes et les artisans trouvèrent un terreau fertile pour exprimer leur talent, contribuant à l'enrichissement culturel de la ville.

Conclusion de chapitre

L'apogée de Motril aux XVIe et XVIIe siècles fut une période charnière de son histoire. La culture de la canne à sucre, pilier de son économie, façonna une société complexe et hiérarchisée, où l'oligarchie des propriétaires d'ingenios, les aviadores et la masse des journaliers coexistaient dans un équilibre fragile. La prospérité de la ville, reconnue par l'attribution du titre de Ciudad en 1657, laissa une empreinte indélébile, tant sur le plan architectural que culturel.


III. La Tragédie du Sucre : Crises et Déclin (XVIIIe siècle)

Au seuil du XVIIIe siècle, la Costa Tropical, berceau du sucre espagnol, était déjà aux prises avec des vents contraires qui annonçaient la fin d'un âge d'or. Les signes du déclin étaient multiples et insidieux, tissant une toile complexe de facteurs économiques, climatiques et technologiques. La concurrence du sucre colonial américain, les gelées récurrentes et le manque d'innovation technique allaient conjointement sonner le glas de l'industrie sucrière locale.

L'arrivée du sucre des colonies américaines, avec ses coûts de production inférieurs, a d'abord creusé un fossé insurmontable entre les productions locale et exotique. Les plantations d'Amérique, bénéficiant de conditions climatiques optimales et d'une main-d'œuvre abondante et bon marché, proposaient une alternative plus rentable. Les marchands européens, sensibles aux profits, ont rapidement orienté leurs achats vers ces nouvelles sources, laissant les producteurs de la Costa Tropical en difficulté. La demande en sucre de Motril s'est effondrée, entraînant une baisse vertigineuse des prix et une accumulation de stocks

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Alejandro Ortega

Directeur de la Publication • Club Costa Tropical