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Le Journal dimanche 2 août 2026

L'Alpujarra préserve les métiers que ses mains savent encore tisser

Alejandro

Alejandro Ortega

Chroniqueur Officiel du Club

À Pampaneira, l'atelier « El Telar de Mercedes », installé dans une maison de plus de 300 ans, maintient vivant le tissage traditionnel de l'Alpujarra avec des métiers du XVIIIe siècle et des jarapas faites main.

L'Alpujarra préserve les métiers que ses mains savent encore tisser

À Pampaneira, l'atelier « El Telar de Mercedes » maintient vivante l'une des traditions textiles les plus anciennes de l'Alpujarra : métiers à tisser centenaires, jarapas multicolores et un savoir qui se transmet de maîtresse à artisane.

Un métier qui s'apprend avec les mains et se transmet de maîtresse à artisane

Dans le centre ancien de Pampaneira, une maison classée de plus de trois cents ans garde l'un des secrets les mieux conservés de l'Alpujarra : le métier à tisser. Là, entre fils de lin, de laine, d'alpaga et de coton, se tissent toujours à la main tapisseries, couvertures et jarapas avec des techniques qui n'ont pas changé dans leur essence depuis la fin du XVIIIe siècle.

Le lieu, connu sous le nom d'« El Telar de Mercedes », est considéré comme le centre artisanal textile le plus ancien de la comarque, avec plus de trente-cinq ans d'activité ininterrompue. Ce n'est ni un musée ni un décor pour touristes : c'est un atelier vivant où la navette continue de traverser la chaîne tous les jours, et où le visiteur peut s'asseoir devant un métier centenaire et voir naître une jarapa.

La jarapa, élément représentatif de l'Alpujarra, est un tissu de coton à poil long et aux couleurs vives, utilisé comme couvre-lit, tapis, jeté ou tapisserie. Sa grande polyvalence et sa richesse chromatique, avec des motifs qui mêlent l'héritage arabe à d'autres influences lointaines, en font l'une des pièces les plus demandées par les visiteurs.

Mercedes Carrascosa : la maîtresse qui a ressuscité une tradition

Derrière cet atelier se cache une histoire de renaissance qui définit le métier textile alpujarreño. Mercedes Carrascosa, née à Pampaneira et issue d'une famille d'artisans, a consacré sa vie à ressusciter les traditions textiles liées aux racines morisques de la région. Elle ne s'est pas contentée de maintenir un métier : elle l'a arraché à l'oubli et l'a ramené au cœur de la vie du village.

Sa double condition d'artisane et d'ancienne maire de Pampaneira a fait d'elle une figure exceptionnelle au sein du secteur. Depuis la gestion publique, elle a impulsé la valeur de l'artisanat local et, depuis le métier à tisser, elle a défendu la qualité qui distingue le travail fait main. Cette combinaison d'engagement politique et de dextérité manuelle lui a valu une reconnaissance qui dépasse la comarque.

Aujourd'hui, Mercedes est considérée comme l'une des tisserandes les plus anciennes de l'Alpujarra. Mais son plus grand legs n'est pas seulement l'œuvre qu'elle a produite pendant des décennies : c'est d'avoir ouvert la voie pour que cette tradition se poursuive entre les mains de nouvelles générations d'artisanes.

La relève : Epifania Lagrillière, l'artisane qui a repris le flambeau

La continuité d'« El Telar de Mercedes » est une leçon de la manière dont un métier peut survivre lorsqu'il trouve les bonnes mains. La personne responsable de le maintenir en activité aujourd'hui est Epifania Lagrillière, une artisane d'origine suédoise installée dans l'Alpujarra depuis 1992.

Dans son pays, Epifania a appris à manier les métiers manuels de jarapas nordiques. Une fois dans l'Alpujarra, elle a travaillé comme apprentie auprès de la maîtresse Mercedes Carrascosa, perfectionnant la technique sur les métiers de basse lice, plus complexes. Forte de plus de vingt ans d'expérience, elle produit aujourd'hui une gamme variée de tissus fins avec des matériaux naturels.

L'atelier conserve trois métiers de haute lice et un de basse lice à navette volante, qui fonctionnent selon des techniques de la fin du XVIIIe siècle. On y travaille des fibres naturelles comme le lin, la laine, l'alpaga et le coton, avec lesquels on élabore des tapisseries aux motifs inspirés de la nature et de l'architecture alpujarreña, ainsi que des couvertures, des coussins, des ponchos, des châles et des écharpes, souvent sur commande.

Le résultat est une démonstration de la façon dont tradition et continuité peuvent cohabiter : la technique héritée de Mercedes, le savoir nordique d'Epifania et la vocation partagée de maintenir vivant un métier que l'Espagne rurale voit disparaître dans trop de recoins.

Le métier à tisser comme résistance : des techniques qui refusent de mourir

Le métier de basse lice n'a pas de manuel d'instructions. Pas plus que celui de sa maîtresse, ni celui de la maîtresse de sa maîtresse. Le savoir voyage de main en main, de femme en femme, dans un circuit qui ne laisse presque aucune trace écrite et qui dépend, comme tant de choses dans l'Alpujarra, de la mémoire et de la patience.

Le processus commence bien avant que la main ne touche la laine. Il faut trier la fibre, la nettoyer de ses impuretés, la carder pour aligner les brins et enfin la filer. Sur les métiers de la comarque, on travaille encore des fibres naturelles comme la laine, le lin, l'alpaga et le coton. Les couleurs, dont beaucoup sont obtenues avec des teintures naturelles, complètent un cycle qui respecte les rythmes de la nature.

Le métier de haute lice, l'un des plus anciens dont on ait connaissance dans la péninsule, fonctionne avec une logique d'apparence simple : deux montants verticaux soutiennent un rouleau supérieur où s'enroule la chaîne, et un rouleau inférieur recueille le tissu achevé. Mais la simplicité du bâti cache une complexité technique considérable. Les lices, fils qui soulèvent et abaissent la chaîne pour créer le calage, sont manœuvrées avec les pieds au moyen de pédales. La tisserande doit coordonner le rythme des pieds avec le lancement de la navette et le coup du peigne qui compacte la trame.

Les potiers de l'argile : un métier qui façonne l'identité

L'argile de l'Alpujarra a de la mémoire. Le poing qui la pétrit à Órgiva le sait, tout comme le four qui la cuit à Ugíjar, deux des derniers bastions où la poterie résiste à devenir pièce de musée. Ici, le métier ne s'apprend pas à l'école : il s'hérite avec le geste, avec la pression exacte des doigts sur le tour, avec cette patience qu'exige l'argile quand elle n'est encore que promesse.

La technique est la même qu'ont apportée les artisans andalous il y a des siècles, et les fours à bois conservent cette architecture de coupole basse qui semble jaillir de la terre, camouflés entre les cactus et les terrasses. La concurrence, aujourd'hui, ne vient pas d'un autre artisan, mais de la céramique industrielle qui inonde les marchés de pièces identiques, parfaites et vides, produites en série à un coût qu'aucun atelier manuel ne peut égaler.

Cependant, la valeur de la pièce artisanale ne réside pas dans la perfection de la série, mais dans sa singularité. Chaque cruche, chaque marmite, chaque jarre sort du four avec les petites imperfections qui trahissent la main qui l'a faite. Cette différence, difficile à expliquer mais facile à percevoir, est précisément ce qui donne de la valeur à un métier qui refuse de disparaître.

Les spartiers : le sparte qui soutient la mémoire

Le sparte ne se coupe pas : il s'arrache. Le maître spartier le sait depuis l'enfance : il faut attendre la lune décroissante d'août, quand la fibre a accumulé la force juste et que la sève se repose. Alors on tire sur la touffe d'un geste sec du poignet, sans gants, en laissant la feuille sortir propre de la terre. Ce geste, répété depuis des millénaires, est le premier acte d'un métier que les Ibères pratiquaient déjà sur ces mêmes pentes.

La récolte n'est que le début. Le sparte fraîchement arraché doit sécher au soleil pendant des jours. Vient ensuite le battage : on le frappe avec un maillet de bois sur une pierre plate jusqu'à ce que la fibre s'assouplisse. Puis on le tresse, on le tord, on le coud. Le processus complet, de la touffe dans le champ jusqu'à la corbeille terminée, peut prendre des semaines. Il n'existe aucun raccourci.

Les capachos, ces nattes que l'on plaçait sous les presses à huile pour filtrer le liquide doré, furent pendant des siècles le produit vedette de la comarque. Les corbeilles, les serons pour les bêtes de somme, les nattes pour sécher figues et raisins : tout sortait de mains qui aujourd'hui trouvent à peine des commandes, mais qui conservent la technique comme un trésor.

La forge et le cuir : des métiers qui forgent le caractère

L'enclume d'Antonio est encore froide à sept heures du matin. Le forgeron de Mecina Fondales l'allume avec du bois d'olivier et du charbon végétal, un rituel qu'il répète depuis des décennies. Le fer doit atteindre la température adéquate pour devenir malléable, et cette chaleur ne s'improvise pas. Pas plus que le coup exact, la torsion précise, la trempe qui transforme une barre informe en soc de charrue.

La forge et le tannage des peaux complètent la carte des métiers qui refusent de disparaître dans cette comarque. Deux disciplines qui ne partagent pas la matière première mais le destin : la survie silencieuse. Les forgerons de la zone créent encore des socs, des fers à cheval, des outils de labour et des éléments décoratifs qui ornent balcons et portails. Les tanneurs, pour leur part, élaborent sangles, sacs, ceintures et harnais selon une méthode traditionnelle.

Ces deux métiers exigent une dextérité physique qui ne s'acquiert pas en cours. Il n'existe pas d'écoles qui enseignent ces gestes. Ils se transmettent de père en fils, de maître à apprenti, dans des ateliers où le silence est rompu par le son du marteau ou le frottement du couteau sur le cuir.

La Feria de Oficios de Grenade : vitrine et espoir

Quand l'artisanat alpujarreño sort de ses villages, c'est presque toujours vers Grenade. Des foires comme celles qui se tiennent dans la capitale andalouse transforment le cœur de la ville en atelier à ciel ouvert, où les maîtres de la comarque ne vendent pas seulement, mais démontrent. Le tour tourne, la navette traverse et le public, urbain et pressé, ralentit le pas. C'est la seule fois où beaucoup de consommateurs voient les mains derrière l'objet.

Pour les ateliers de la comarque, qui pour la plupart sont de petite taille et dépendent de la vente directe, ces rencontres sont une connexion régulière avec un marché qui, autrement, leur serait inaccessible. Les foires ne sont pas seulement une vitrine : c'est aussi un lieu où l'artisan mesure l'accueil réservé à ses produits et détecte les tendances.

La relation avec le public a une autre conséquence moins visible mais tout aussi pertinente : l'éducation du consommateur. Quand une artisane explique comment on teint la laine avec des plantes de l'environnement, ou pourquoi une jarapa exige tant de temps de métier, elle transmet un savoir qu'aucun dépliant touristique ne recueille. L'acheteur qui comprend le processus valorise davantage l'objet et en accepte mieux le prix.

La relève générationnelle : le défi à relever

La question qui parcourt les ateliers de l'Alpujarra n'est pas de savoir s'il y a un marché pour leurs produits, mais qui occupera le banc du métier quand les maîtres actuels ne seront plus là. C'est une inquiétude partagée par toute l'Espagne rurale, où beaucoup de métiers traditionnels voient vieillir leurs derniers pratiquants sans que les jeunes viennent assurer leur relève.

Dans le cas du textile alpujarreño, il y a une raison d'espérer : la transmission d'« El Telar de Mercedes » montre que le métier peut continuer lorsqu'il trouve les bonnes mains. Epifania Lagrillière, formée comme apprentie de Mercedes Carrascosa, est la preuve que le savoir peut se transmettre même sans lien familial, pourvu qu'existent vocation et dévouement.

Mais chaque métier a sa propre histoire. La poterie, le sparte, la forge ou le cuir dépendent de maîtres qui, dans bien des cas, n'ont pas encore trouvé qui recueillera leur témoignage. La dureté physique du travail, les revenus irréguliers et le manque de reconnaissance sociale éloignent beaucoup de jeunes d'un chemin qui offre pourtant une qualité de vie et un sens que peu d'emplois urbains peuvent égaler.

Artisanat et tourisme : salut ou folklorisation ?

Le soleil de midi rebondit sur les façades blanchies à la chaux de Pampaneira et les touristes remplissent la rue principale. Ils entrent dans les boutiques, photographient les métiers en fonctionnement, demandent les prix. Beaucoup ressortent avec une pièce de céramique ou un petit souvenir. L'Alpujarra vit du tourisme, et l'artisanat vit en grande partie du touriste. La question est : à quel prix ?

Le tourisme a transformé une partie de l'artisanat en vitrine du pittoresque, mais il a aussi créé le soutien économique qui maintient ouverts de nombreux ateliers. Dans les villages blancs de la comarque, les ateliers ouvrent leurs portes aux visiteurs, proposent des visites et des stages, expliquent leur travail. Cette ouverture, loin de dénaturer le métier, a été essentielle à sa survie.

Le risque de folklorisation est réel. Quand le visiteur ne cherche qu'un souvenir bon marché, la production tend à se simplifier pour remplir les vitrines. Mais les ateliers qui ont su résister à cette pression offrent quelque chose qu'aucune boutique de souvenirs ne peut répliquer : la possibilité de voir l'artisan travailler, de connaître l'origine des matériaux, de comprendre pourquoi une pièce met tant de temps à se terminer. Cette expérience fait partie de la valeur du produit.

Femmes artisanes : les gardiennes du métier à tisser

L'histoire du textile alpujarreño est, en grande partie, une histoire de femmes. Pendant des générations, ce sont elles qui tissaient en silence, dans leurs maisons, sans contrat et sans voix dans les décisions du secteur. Le métier se transmettait de mères en filles, de belles-mères en brus, dans un circuit domestique qui ne laissait presque aucune trace écrite.

La figure de Mercedes Carrascosa a changé cette dynamique. Non seulement elle a tissé, mais elle a occupé des espaces de décision, devenant maire de Pampaneira, et a défendu publiquement la valeur de l'artisanat local. Son exemple a ouvert la voie pour que d'autres femmes voient le métier à tisser non comme une obligation héritée, mais comme un métier digne et porteur d'avenir.

La continuité de l'atelier entre les mains d'Epifania Lagrillière confirme cette évolution : la transmission du savoir n'est plus exclusivement familiale, mais ouverte à qui a la vocation et sait apprécier la valeur du travail fait main. Les femmes restent les principales gardiennes du métier à tisser, mais désormais avec une visibilité et une reconnaissance que leurs prédécesseures n'ont pas eues.

L'économie du fait main : la valeur du temps

L'artisanat alpujarreño fait face à un paradoxe : jamais il n'avait suscité autant d'intérêt chez les visiteurs et, en même temps, jamais il n'avait été aussi difficile de faire vivre un atelier. La différence entre le prix d'une pièce faite main et son équivalent industriel n'est pas un caprice, mais le reflet d'heures de travail et d'un savoir qui ne s'acquiert pas en stage intensif.

Chaque jarapa, chaque tapisserie, chaque pièce de céramique ou de sparte porte le temps de celle qui l'a faite. Une couverture de taille moyenne exige des semaines de travail. Une tapisserie commandée peut prendre encore plus de temps, entre les études préliminaires du dessin, la préparation du métier et le tissage proprement dit. Ce temps est le véritable coût de la pièce, et c'est précisément ce que l'industrie ne peut répliquer.

L'économie du fait main ne rivalisera jamais avec la production industrielle en volume ni en prix. Sa bataille est autre : celle de la qualité, de la durabilité, de l'identité culturelle et de l'emploi digne. Chaque pièce qui sort d'un atelier de l'Alpujarra porte une histoire, un territoire et un métier qui, s'il disparaît, ne reviendra pas.

L'Alpujarra comme laboratoire du rural

L'Alpujarra grenadine fonctionne comme une expérience à ciel ouvert. Pendant des décennies, cette comarque a expérimenté une formule qui combine tourisme rural, production artisanale et conservation du paysage, et les résultats offrent des leçons que d'autres régions de l'Espagne vidée observent avec attention.

Les trois villages qui forment le cœur touristique de la comarque — Pampaneira, Bubión et Capileira — ont réussi à retenir une partie de leur population et à attirer de nouveaux habitants, beaucoup d'entre eux attirés par un mode de vie que la ville n'offre plus. L'artisanat est l'un des piliers de cette rétention : chaque atelier ouvert maintient une chaîne de valeur qui s'étend au fournisseur de matériaux, à la boutique qui commercialise les pièces et au visiteur qui vient les découvrir.

La principale leçon que l'Alpujarra offre au reste de l'Espagne rurale est que la spécialisation productive peut cohabiter avec la diversification économique. Le visiteur attiré par les sentiers de randonnée découvre un paysage humanisé, des potagers travaillés, des ateliers où l'on tisse, où l'on travaille le sparte ou où l'on modèle l'argile. Cette authenticité est ce qui différencie la comarque d'autres destinations qui ont transformé leurs villages en décors vides.

L'avenir des métiers : entre mémoire et innovation

Le métier à tisser de Mercedes n'occupe plus une place réservée à la seule tradition : il est devenu un espace où la mémoire se combine avec de nouveaux regards. La scène résume ce qui se passe dans de nombreux ateliers alpujarreños : la technique est préservée, mais le processus regarde vers l'avant. La question n'est plus de savoir si ces métiers survivront, mais comment ils le feront.

La clé est dans l'ouverture. Les ateliers qui reçoivent des visites et enseignent leur travail, qui acceptent des apprentis sans nécessité de lien familial, qui expliquent la valeur du fait main, sont ceux qui résistent le mieux à l'épreuve du temps. « El Telar de Mercedes » en est l'exemple le plus clair : un métier qui aurait pu disparaître avec sa fondatrice a trouvé dans une apprentie venue d'un autre pays la continuité dont il avait besoin.

L'innovation ne trahit pas nécessairement la tradition. Les nouveaux artisans apportent des connaissances qui s'ajoutent aux savoirs hérités, comme l'a fait Epifania Lagrillière en combinant la technique alpujarreña avec le savoir nordique des jarapas. Ce mélange, loin de diluer le métier, l'enrichit et lui ouvre de nouveaux marchés.

Un héritage qui ne survit que s'il est partagé

L'Alpujarra garde un trésor qui n'apparaît pas sur les cartes : le savoir de ses mains. Savoir tisser une jarapa, pétrir l'argile, arracher et tresser le sparte, forger le fer ou tanner le cuir. Cette connaissance, accumulée pendant des siècles, ne se trouve dans aucun manuel et ne se télécharge pas sur Internet : elle vit dans les mains de ceux qui la pratiquent et ne se transmet que de maître à apprenti.

L'histoire d'« El Telar de Mercedes » démontre que cet héritage peut survivre s'il est partagé. Mercedes Carrascosa a consacré sa vie à ressusciter et transmettre une tradition ; Epifania Lagrillière la recueille et la maintient vivante ; et qui visite l'atelier et voit naître une jarapa emporte plus qu'un souvenir : la conscience que l'artisanat alpujarreño est une part vivante de l'identité de la comarque.

Pendant ce temps, le métier à tisser continue de résonner dans le coin le plus lumineux de cette maison centenaire de Pampaneira. Le rythme est constant, hypnotique : la pédale qui descend, la navette qui traverse, le peigne qui frappe. Un temps qui ne se mesure pas en heures d'horloge, mais en centimètres de tissu, en écheveaux de laine consommés, en pièces terminées qui porteront sa mémoire dans des maisons qu'elle ne connaîtra jamais. Ce temps, le temps du métier à tisser, est celui qui refuse de mourir.

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Alejandro Ortega

Directeur de la Publication • Club Costa Tropical