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Le Journal dimanche 15 février 2026

L'essor de l'intelligence artificielle en Andalousie : comment Grenade est devenue le hub technologique du sud de l'Europe

Alejandro

Alejandro Ortega

Chroniqueur Officiel du Club

L'Andalousie, avec 200+ startups IA, est le 2ème pôle espagnol. Elle attire touristes, résidents, investisseurs et retraités sur 80+ communes, 3 provinces.

L'essor de l'intelligence artificielle en Andalousie : comment Grenade est devenue le hub technologique du sud de l'Europe

L'Andalousie concentre aujourd'hui le deuxième pôle d'intelligence artificielle d'Espagne, porté par l'Université de Granada, le parc technologique PTS et plus de 200 startups. Grenade, Motril et Málaga structurent un écosystème qui attire talents et investissements internationaux.

Sous l'ombre millénaire de l'Alhambra et face aux eaux chaudes de la Côte Tropicale, l'Andalousie couve une révolution silencieuse. Entre les palais nasrides et les laboratoires d'intelligence artificielle, entre les coupoles des observatoires astronomiques et les champs d'avocats irrigués par des drones, un réseau de scientifiques, d'ingénieurs et d'entrepreneurs redessine l'avenir du sud de l'Europe. Voici l'histoire de la manière dont Grenade, la ville de l'Alhambra, est devenue l'épicentre technologique d'une terre millénaire.

L'éveil du silicium à l'ombre de l'Alhambra

Lorsque les derniers rayons de soleil embrasent les tours de l'Alhambra, les capteurs des laboratoires d'intelligence artificielle qui parsèment la colline d'en face commencent à enregistrer un autre type de lumière : celle qui circule par fibres optiques, celle qui voyage sous forme de données, celle qui ne se voit pas mais qui gouverne déjà tout. Entre ces deux horizons — celui des palais nasrides et celui des serveurs qui traitent des téraoctets chaque nuit — s'étend une ville qui a compris avant tout le monde que l'avenir ne s'importe pas, il se construit.

Grenade n'est pas la Silicon Valley. Elle ne cherche pas à l'être. Mais au cours des quinze dernières années, elle a tissé un réseau de talents, d'institutions et d'entreprises qui l'ont placée sur la carte mondiale de l'intelligence artificielle sans renoncer à son identité. Ici, au cœur d'une Andalousie où Averroès écrivait jadis sur la raison et où les mathématiciens d'Al-Andalus perfectionnaient l'algèbre, le silicium s'est réveillé. Il n'y a pas de plans urbanistiques pharaoniques ni de sièges de corporations mondiales : ce qu'il y a, c'est un écosystème graphique capable de rivaliser en production scientifique avec Boston, Pékin ou Londres depuis une ville de province. Et c'est précisément là sa force.

La UGR est le moteur de ce phénomène. Ce n'est pas une affirmation : c'est une donnée. Dans le classement mondial de Shanghai par disciplines, la UGR se situe parmi les cinquante meilleures universités au monde en intelligence artificielle. La seule espagnole à ce niveau. Devant des centres aux budgets multimilliardaires et possédant des décennies d'avance, Grenade a bâti un écosystème qui rivalise avec les géants depuis la périphérie. La clé ne réside pas dans le budget, mais dans la concentration de talents.

Le nom qui émerge sans cesse est celui de Francisco Herrera, professeur en sciences de l'informatique et directeur de l'Institut Andalou Interuniversitaire en Science des Données et Intelligence Artificielle, plus connu sous le nom de DaSCI. Herrera est, selon les indices de citation Stanford-Elsevier, l'un des chercheurs les plus cités au monde dans son domaine. Ses travaux sur l'apprentissage automatique, les systèmes flous et l'exploration de données ont accumulé plus de cent mille citations — un chiffre que seules les légendes vivantes de l'informatique atteignent. Mais Herrera n'est pas un scientifique en tour d'ivoire. Il est la preuve que la connaissance, lorsqu'elle est transférée, transforme des territoires entiers.

DaSCI est, précisément, la matérialisation de cette philosophie. Né en 2019 en tant qu'institut interuniversitaire activant le travail des universités de Grenade, Jaén et Cordoue, DaSCI n'est pas un centre de recherche conventionnel. C'est une structure pensée pour que l'intelligence artificielle sorte du "paper" pour atteindre l'usine, l'hôpital, le champ. Son modèle de gestion appréhende l'IA comme une technologie horizontale : il n'y a aucun secteur productif en Andalousie qui ne puisse bénéficier de ce qui est recherché ici. Des dizaines d'entreprises sont nées de cet écosystème, et autant d'autres ont transformé leurs processus productifs grâce au transfert de connaissances impulsé par l'institut.

Et cela nous amène à une question inconfortable que peu de centres de recherche osent formuler : pour qui est faite l'intelligence artificielle ? À Grenade, la réponse n'est ni Wall Street ni les Big Tech de Californie. C'est l'oliveraie de Jaén, qui a besoin de prédire les récoltes par satellites. C'est le petit hôpital local qui optimise les listes d'attente grâce à des algorithmes. C'est la coopérative agroalimentaire qui utilise la vision artificielle pour classer les olives. L'IA grenadine ne rêve pas de voitures autonomes à San Francisco : elle rêve de champs plus efficaces dans la Vega du Genil.

Cet ancrage territorial a un nom : le modèle grenadin. Ce n'est pas une étiquette marketing, mais un constat. Alors que d'autres cités technologiques ont grandi en tournant le dos à leur environnement — parcs d'activités sans âme, bulles de talents délocalisés —, Grenade a décidé que l'innovation devait s'intégrer dans le paysage humain. Les spin-offs naissent de groupes de recherche qui travaillent depuis vingt ans au coude à coude avec les agriculteurs, les médecins et les entrepreneurs locaux. La connaissance ne descend pas du nuage : elle naît de la terre. Et c'est là la grande différence : ici, la technologie ne s'importe pas et ne s'impose pas ; elle se cultive à partir des besoins réels d'un territoire riche de cinq siècles d'histoire industrielle, agricole et scientifique.

Il existe également une dimension éthique qui distingue cet écosystème. À une époque où l'intelligence artificielle suscite autant de craintes que d'attentes — biais algorithmiques, perte de vie privée, automatisation de l'emploi —, l'approche grenadine offre une alternative construite depuis l'université publique. Les groupes de recherche de la UGR ont été pionniers en Espagne pour intégrer l'éthique algorithmique comme ligne de travail. Non pas comme un ajout décoratif, mais comme un principe structurel : l'IA n'est pas neutre, et ceux qui la construisent ont la responsabilité de décider quels biais ils perpétuent et lesquels ils éliminent. Former des ingénieurs qui comprennent la philosophie et des philosophes qui maîtrisent le code n'est pas une fantaisie : c'est une nécessité que Grenade a su anticiper.

Cette préoccupation se connecte directement à l'héritage d'Al-Andalus. Dans la Grenade du XIIe siècle, les mathématiciens ont développé des systèmes de notation et de raisonnement qui, des siècles plus tard, rendraient l'informatique possible. Ce n'est pas de la poésie : c'est de l'histoire documentée. Le zéro, l'algèbre, les algorithmes — mot provenant du nom du mathématicien perse Al-Khwarizmi, dont l'œuvre fut traduite et étudiée dans les bibliothèques d'Al-Andalus — sont des outils que cette civilisation a perfectionnés et transmis à l'Europe. Ce qui se passe aujourd'hui dans les laboratoires de la UGR n'est ni un miracle ni un coup de chance : c'est la réactivation d'une tradition intellectuelle qui ne s'est jamais tout à fait éteinte.

L'accessibilité is un autre trait distinctif de ce mouvement. Face à l'opacité des grands modèles d'intelligence artificielle développés par les corporations — des boîtes noires dont personne ne comprend ni n'audit les algorithmes —, l'écosystème grenadin mise sur la transparence. Les modèles sont publiés, les données sont partagées, les résultats sont discutés dans des forums ouverts. Ce n'est pas de l'altruisme : c'est du pragmatisme. Si l'IA doit gouverner des décisions affectant des millions de personnes, elle doit être compréhensible. Et si l'Andalousie veut être un acteur mondial dans ce domaine, elle ne peut se permettre le luxe de reproduire les erreurs de ceux qui sont arrivés les premiers.

Le résultat de tout cela est un hub technologique qui n'a pas besoin de s'inventer un récit. Il n'y a ni feux d'artifice ni titres grandiloquents. Il y a, en revanche, une université qui a su lire son époque, un institut qui a connecté la recherche au tissu productif, et une ville qui comprend la technologie comme une continuation de son histoire. L'Alhambra n'a pas besoin de publicité : sa présence dit tout. Les laboratoires d'intelligence artificielle qui travaillent à son ombre commencent à respirer avec la même assurance. Mille ans séparent la construction du palais rouge de l'installation du premier serveur, mais l'esprit est le même : transformer la matière en culture, l'intelligence en civilisation. Grenade écrit son prochain chapitre. Cette fois, en silicium.

L'écosystème de la santé et des données : Le PTS comme moteur d'innovation

À la périphérie de Grenade, à la confluence de l'autoroute A-44 et de la route de La Sierra, s'élève un lieu qui ne figure pas dans les guides touristiques mais qui redéfinit l'avenir de la médecine dans le sud de l'Europe. C'est le PTS, un campus de 600 000 mètres carrés où cohabitent hôpitaux universitaires, centres de recherche, entreprises biotechnologiques et l'une des plus grandes concentrations de données sanitaires du continent. Ce n'est pas une zone industrielle classique : c'est un écosystème vivant où la frontière entre le laboratoire et le lit du patient est devenue délibérément diffuse.

Le PTS est né d'une conviction : la médecine du XXIe siècle ne se fait pas dans des compartiments étanches. Pour qu'une découverte de laboratoire se traduise en un traitement réel, il faut des ingénieurs pour concevoir des algorithmes, des médecins pour valider les résultats, des hôpitaux pour appliquer les thérapies et des entreprises pour les déployer à grande échelle. Au PTS, tout cela coexiste dans le même espace physique. L'Hôpital Universitaire Clínico San Cecilio est à deux minutes à pied du Centre de Recherche Biomédicale, qui partage lui-même sa cafétéria avec une douzaine de startups d'intelligence artificielle. Cette proximité n'est pas anecdotique : c'est le moteur du modèle.

Diagnostic augmenté : quand l'IA regarde là où l'œil humain ne parvient pas

L'un des domaines où cette fertilisation croisée porte les fruits les plus tangibles est le diagnostic par image. Dans les installations du PTS, des équipes multidisciplinaires ont entraîné des algorithmes de deep learning capables d'analyser des résonances magnétiques, des tomographies informatisées et des mammographies avec une précision qui complète — et dans certains cas dépasse — celle du radiologue expérimenté.

Le principe est simple : un algorithme apprend à reconnaître des schémas anormaux sur des milliers d'images étiquetées jusqu'à détecter une tumeur naissante, une micro-hémorragie cérébrale ou une fracture à peine visible sur une radiographie conventionnelle. La différence est qu'une machine peut examiner cent images dans le temps qu'un humain met pour en analyser une. Il ne s'agit pas de remplacer le médecin, mais d'amplifier sa capacité : l'algorithme signale l'élément suspect, le spécialiste décide.

Les résultats sont déjà visibles en oncologie et en neurologie. Pour le cancer du sein, les systèmes d'IA entraînés avec les données du système de santé andalou ont démontré une sensibilité supérieure à 90 % dans la détection précoce des nodules. En neurologie, les modèles prédictifs permettent d'anticiper l'évolution de maladies neurodégénératives à partir de motifs subtils que l'œil humain perçoit à peine.

Le gisement de données : RISalud et le système Diraya

Toute cette avancée repose sur un pilier fondamental : les données. Et ici, l'Andalousie part avec un avantage difficile à égaler. Le système RISalud — le Réseau Intégral de Santé d'Andalousie — stocke des décennies de dossiers cliniques, d'examens diagnostiques, de résultats d'analyses et de registres pharmacologiques de millions de patients. À cela s'ajoute le système Diraya et les bases de données cliniques du Service Andalou de Santé (SAS), un référentiel qui centralise et anonymise les données sanitaires de tout le territoire pour la recherche.

Le volume est impressionnant : des millions de registres, des dizaines de millions d'images diagnostiques, des séries temporelles de constantes vitales s'étalant sur des années. Pour un chercheur en intelligence artificielle, avoir accès à ces données, c'est comme disposer de la bibliothèque du Congrès, mais pour la médecine. Et l'élément crucial est que tout est structuré, étiqueté et accessible sous des protocoles de confidentialité stricts.

La Stratégie Andalouse d'Intelligence Artificielle, impulsée par la Junta de Andalucía en collaboration with la UGR et le PTS lui-même, a identifié cet actif comme l'un de ses axes stratégiques. Avec le soutien des fonds Next Generation EU, des projets sont financés, allant de la prédiction de flambées épidémiques à des systèmes de recommandation de traitements personnalisés basés sur le profil génomique et clinique du patient.

Smart health : la médecine qui arrive avant le patient

Mais le saut le plus ambitieux ne se situe pas à l'intérieur de l'hôpital, mais à l'extérieur. La smart health propose un changement de paradigme : passer d'une médecine réactive, qui attend que le patient tombe malade, à une médecine proactive et prédictive, qui anticipe le problème avant qu'il ne se manifeste.

Au PTS, on développe des systèmes de surveillance à distance pour les patients chroniques combinant des capteurs IoT — oxymètres de pouls, glucomètres, tensiomètres connectés — avec des algorithmes d'intelligence artificielle qui analysent en temps réel les constantes vitales. Si le système détecte une déviation significative, il alerte l'équipe médicale avant que le patient ne ressente le symptôme.

L'impact potentiel est énorme. Pour l'insuffisance cardiaque, où les décompensations précèdent de plusieurs jours l'hospitalisation, la surveillance avec alertes prédictives pourrait réduire les admissions urgentes de manière significative. Pour le système de santé, cela signifie moins de pression sur les urgences ; pour le patient, plus de qualité de vie et d'autonomie.

Pour le diabète de type 1, les pancréas artificiels — des systèmes d'infusion d'insuline contrôlés par des algorithmes d'apprentissage automatique — sont déjà en phase de validation clinique au PTS. L'algorithme apprend les schémas glycémiques du patient, prédit les pics et ajuste l'administration d'insuline de manière autonome, libérant le patient d'une charge constante de décisions.

Grenade, laboratoire biomédical du sud de l'Europe

Le PTS n'est pas seulement un parc technologique andalou : c'est un modèle qui commence à être observé de l'extérieur. La combinaison d'un système de santé publique universel avec des données massives, une université de tradition chercheuse et un écosystème entrepreneurial en croissance a fait de Grenade un laboratoire biomédical de référence dans le sud de l'Europe.

La clé, selon ceux qui y travaillent, ne réside pas dans la technologie en soi, mais dans la manière dont elle est organisée. L'intelligence artificielle n'est pas une fin, mais un outil. Et son utilité dépend des données dont elle est nourrie, des problèmes réels auxquels elle est appliquée et, surtout, des personnes qui l'intègrent dans la pratique clinique. Au PTS, ce cercle vertueux — données, algorithmes, cliniciens, patients — est plus proche de se refermer que presque partout ailleurs en Europe.

Regarder les étoiles avec des algorithmes : Le IAA-CSIC et la course spatiale andalouse

À près de 2 900 mètres d'altitude, sur la Loma de Dílar dans la Sierra Nevada, l'air est si pur et l'atmosphère si stable que le ciel devient un laboratoire naturel. Là, où l'oxygène se fait rare et le froid mord la peau, le IAA-CSIC exploite l'un des observatoires les plus singuliers d'Europe. Ce n'est pas le seul. À un peu plus de cent kilomètres, dans la province d'Almería, l'Observatoire Astronomique de Calar Alto — le plus grand du continent européen — complète une infrastructure scientifique qui place l'Andalousie sur la carte mondiale de l'astrophysique. Mais ce qui transforme réellement le regard de ces télescopes, ce ne sont pas des lentilles ou des miroirs plus grands : ce sont les algorithmes.

Le IAA-CSIC, dont le siège est à Grenade, réunit plus de 300 collaborateurs parmi lesquels des chercheurs, des ingénieurs et du personnel technique. Rien que l'année dernière, l'institut a géré 77 projets de recherche actifs, publié 478 articles scientifiques et vu 223 thèses de doctorat être soutenues. Des chiffres qui dessinent un écosystème de production académique inhabituel pour une communauté autonome. Mais la donnée la plus frappante ne se trouve pas dans les publications, mais dans la direction qu'elles prennent : de plus en plus, les astronomes andalous ne regardent plus par l'oculaire, mais laissent les réseaux neuronaux explorer le firmament.

L'intelligence artificielle a fait irruption dans l'astrophysique avec une force comparable à celle de l'invention du télescope. Au IAA-CSIC, les chercheurs ont entraîné des modèles de deep learning capables de classer les galaxies avec une précision qui dépasse celle de l'œil humain exercé. Là où un astronome avait autrefois besoin de semaines pour cataloguer des milliers d'images du ciel profond, un réseau neuronal convolutif traite aujourd'hui des millions de galaxies en quelques heures et détecte, de surcroît, des motifs que personne n'avait vus auparavant. Structures spirales ténues, fusions galactiques naissantes, amas aux comportements étranges : la machine trouve ce que l'œil ne cherche pas.

La détection d'exoplanètes est un autre domaine où les algorithmes andalous marquent la différence. Les transits planétaires — ces infimes baisses de luminosité qui se produisent lorsqu'une planète passe devant son étoile — génèrent des courbes de lumière que les méthodes traditionnelles analysent avec des modèles statistiques. Mais le bruit instrumental, les variations stellaires et les faux positifs transforment la tâche en un entonnoir d'incertitude. Les systèmes d'IA développés au IAA-CSIC, basés sur des réseaux neuronaux récurrents et des transformeurs, ont prouvé leur capacité à identifier des exoplanètes avec un taux de réussite significativement supérieur aux méthodes classiques. Et ils le font, de plus, en traitant en temps réel les données provenant des télescopes.

C'est ici que réside l'un des sauts les plus fascinants : l'intelligence artificielle ne se limite plus aux centres de supercalcul, elle voyage à bord des sondes spatiales elles-mêmes. Le concept est connu sous le nom d' edge AI ou intelligence artificielle à la périphérie ; il consiste à embarquer des algorithmes légers et efficaces dans le matériel des satellites pour qu'ils prennent des décisions autonomes sans avoir besoin d'envoyer des données vers la Terre. Dans les missions de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) et de la NASA auxquelles participe le IAA-CSIC, ces systèmes permettent à un instrument de décider par lui-même si une image contient quelque chose de pertinent — une supernova, un astéroïde, une anomalie atmosphérique — et de prioriser son envoi. Dans l'espace profond, où un signal met des minutes ou des heures pour atteindre notre planète, l'autonomie computationnelle n'est pas un avantage : c'est une nécessité.

Pour rendre cela possible, le IAA-CSIC dispose de la Unidad de Desarrollo Instrumental (UDIT), un atelier de fabrication de capteurs et de composants optiques sans équivalent dans le sud de l'Europe. Là, des ingénieurs et des physiciens construisent aussi bien des détecteurs infrarouges que des spectrographes de dernière génération. L'intégration de l'intelligence artificielle dans ces dispositifs est le dernier maillon d'une chaîne qui commence par la conception du capteur et s'achève par l'analyse automatisée des données. Les puces qui exécutent les algorithmes d' edge AI sont sélectionnées et testées à Grenade, assemblées à la UDIT et calibrées dans les observatoires de la Sierra Nevada et de Calar Alto avant d'entreprendre leur voyage vers l'espace.

Mais l'ambition du IAA-CSIC ne s'arrête pas à la recherche. L'institut maintient une collaboration étroite avec le Parque de las Ciencias de Grenade, l'un des musées interactifs les plus visités d'Espagne. Là-bas, les Nuits d'Astronomie rassemblent chaque année des milliers de personnes qui observent les étoiles à travers des télescopes guidés par des astronomes de l'institut. La nouveauté est qu'aujourd'hui, aux côtés des télescopes optiques, des écrans montrent en temps réel comment une intelligence artificielle classe les étoiles que le public est en train de voir. La vulgarisation scientifique devient ainsi un acte de transparence : les gens ne se contentent pas de regarder le ciel, ils comprennent comment les machines l'interprètent pour nous.

L'impact sur les nouvelles générations est mesurable. Les programmes de mentorat et les stages d'été coordonnés par le IAA-CSIC ont multiplié par cinq le nombre d'étudiants andalous choisissant des carrières STEM liées à l'astrophysique au cours de la dernière décennie. Lorsqu'un adolescent grenadin assiste à une Nuit d'Astronomie et voit comment un algorithme découvre une planète à des années-lumière de distance, l'équation

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Alejandro Ortega

Directeur de la Publication • Club Costa Tropical